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AFRIQUE : « IL NE SUFFIT PAS DE SE CONCENTRER UNIQUEMENT SUR LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE »

Dar es Salaam Source : flickr.com

Un rapport des Nations Unies intitulé : « Situation et perspectives de l’économie mondiale », publié le 16 janvier 2020 montre que la économique sur le demeure insuffisante pour améliorer le niveau de vie de la population.

En 2019, l’expansion économique en s’est établie à 2,9 % en 2019, freinée par le ralentissement de l’économie mondiale, la persistance des effets de la baisse des cours des matières premières, les conflits, l’instabilité sociale, l’insécurité et la faiblesse des institutions.

Les perspectives demeurent favorables avec une expansion économique de 3,2 % en 2020 et de 3,5 % en 2021, ce qui demeure encore en dessous du potentiel du continent.

Une croissance non inclusive est une source de mécontentement de plus en plus important

Dans plusieurs pays africains, l’amélioration du niveau de vie de la population affiche une stagnation depuis plusieurs années malgré deux décennies de croissance. Les inégalités et le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (moins de 1,9 dollars par jour) continuent d’augmenter.

Selon les auteurs du rapport, la réduction de la pauvreté extrême nécessite une accélération substantielle de la croissance, et un renforcement du lien entre la croissance et la création d’emplois, conjuguée à une réduction des inégalités et à la mise en œuvre de systèmes de protection sociale.

Dans plusieurs pays, la qualité de vie continue d’être affectée par la crise climatique, la persistance de fortes inégalités, la sous-alimentation et la hausse de l’insécurité, d’où l’importance de ne pas se concentrer uniquement sur la croissance économique.

Concrètement le rapport recommande aux décideurs de viser la promotion du bien-être dans tous les segments de la société, principalement en investissant dans les projets de développement durable pour promouvoir l’éducation, les énergies renouvelables et des infrastructures résilientes.

Selon l’ONU, l’éradication de la pauvreté dans la plupart des pays africains nécessiterait une croissance annuelle par habitant de plus de 8 %, comparativement au taux moyen de 0,5 % au cours de la dernière décennie.

Des taux de croissance inégaux entre les sous régions africaines

Selon les Nations Unies, les situations économiques divergent considérablement entre les sous régions africaines.

L’activité économique demeure solide en Afrique de l’Est avec une croissance de 6 % en 2020, soutenue par les investissements en infrastructures et les bonnes performances économiques en Éthiopie, au , au , en et au . L’amélioration du niveau de vie de la population devrait s’établir à 3,2 % en 2020.

En Afrique du Nord, l’expansion économique se poursuit, soutenue par les bonnes performances économiques de l’Égypte, de et de la ainsi qu’une amélioration au . Une croissance de 3,6 % est attendue en 2020 et une hausse du niveau de vie de 1,7 %.

En Afrique de l’Ouest, la morosité de l’économie nigériane tire vers le bas la croissance de la sous-région. Toutefois, les pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le , le , la Guinée et le Bénin affichent des croissances robustes. La croissance économique devrait se stabiliser à 3,6 % en 2020.

La croissance demeure largement en berne en Afrique centrale plombée par la chute des cours du pétrole et la faible diversification des économies de la région à l’exception du . L’expansion économique moyenne devrait atteindre 2,9 % en 2020, avec une stagnation du niveau de vie de la population

En Afrique australe, la croissance économique demeure poussive en raison des difficultés économiques en Afrique du Sud et de l’impact des changements climatiques dans d’autres pays de la région. Avec une croissance attendue de 0,9 % en 2020, le niveau de vie de la population devrait se contracter de 1,3 %.

MIGRANTS AFRICAINS : LES JEUNES INSTRUITS OU AYANT UN EMPLOI STABLE PRENNENT DES RISQUES EN MER POUR REJOINDRE L’EUROPE

Source : Intellivoire.net

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a publié en octobre un rapport intitulé « Escalader les clôtures : parole de migrants africains irréguliers en Europe », dans lequel il cherche à comprendre pourquoi ceux qui confient leur vie à des passeurs pour franchir les frontières, prennent la décision de quitter leur pays en évitant les procédures d’immigration formelles.

Les chercheurs du PNUD ont interviewé 1970 migrants de 39 pays africains dans 13 pays européens, qui ont tous déclaré être arrivés en Europe par des moyens irréguliers.

Dans leur rapport, ils décrivent les migrants interrogés comme « des personnes dont le niveau d’études est plus élevé que la moyenne dans leur pays d’origine et ayant bénéficié des dividendes du développement réalisés en au cours des dernières décennies ».

Le rapport confirme que les migrants prennent un risque calculé, en comparant les avantages et les inconvénients qu’il pourrait y avoir à partir ou à rester, compte tenu des conditions dans leur pays d’origine.

Ces migrants ont avancé plusieurs raisons pour justifier leur décision de partir malgré les risques, principalement « des motivations économiques liées à la réalisation de soi et au sentiment que le seul moyen de concrétiser leurs rêves serait de quitter l’Afrique ».

Le constat le plus inattendu est que « 93 % des migrants africains qui se rendent dans les pays européens en empruntant des routes irrégulières le feraient de nouveau, malgré les dangers souvent mortels qui les menacent ».

Une mauvaise et un sentiment d’exclusion

Selon le PNUD, les réponses aux questions sur le contexte de gouvernance dans leur pays d’origine dénotent « un fort sentiment d’exclusion sociale fondée sur l’identité et d’aliénation générée par l’attitude des acteurs de l’État ».

Le rapport montre que 62 % des migrants ont déclaré avoir reçu un traitement inéquitable de la part de leur gouvernement en raison principalement de leur origine ethnique (27 %), de leur opinion politique (21 %) ou de leur région de résidence (15 %). Par ailleurs, tous les migrants africains ont exprimé leur déception quant à la qualité des services dont ils peuvent bénéficier dans leur pays d’origine.

Enfin il souligne que le africain demeure « inhospitalier pour les jeunes, que ce soit sur le plan politique, économique, social et culturel ». C’est en Afrique qu’on rencontre le plus grand écart d’âge entre les gouvernants et les gouvernés, ce qui suscite des inquiétudes quant au degré de compréhension que peuvent avoir les décideurs africains des besoins et des aspirations des jeunes. En effet, « Alors que l’âge médian sur le continent dépasse à peine 18 ans, deux dirigeants africains sur cinq ont plus de 70 ans ».

Parole aux jeunes migrants : « Nous sommes en train de perdre les meilleurs et les plus doués d’entre nous, des hommes et des femmes jeunes, qui viennent s’échouer dans les pays européens où leurs talents restent méconnus »

Voici des réponses de certains migrants interrogés par les chercheurs du PNUD
(les noms de famille n’ont pas été donnés pour protéger leur identité) :

« Nombre de nos frères et sœurs ont perdu la vie dans les eaux de la Méditerranée en essayant de venir ici. Et tout ça pour quoi ? Nous sommes en train de perdre les meilleurs et les plus doués d’entre nous, des hommes et des femmes jeunes, qui viennent s’échouer dans les pays européens où leurs talents restent méconnus. Comment peut-on dire que l’Afrique est un continent jeune et que les jeunes sont notre avenir, alors que ceux-ci partent en masse? ». – un homme originaire du

« Je me suis décidé car je ne voyais aucun autre moyen de me sortir d’une vie sans espoir et sans dignité. J’étais triste que mon pays ne nous offre pas, à nous les jeunes, la promesse d’un avenir meilleur, et j’étais déterminé à prendre les choses en main pour avoir un avenir, quel qu’il soit ».  – Un homme originaire du .

« Nous avons passé trois jours en mer. Il faisait terriblement froid et nous n’avions pas de gilets, pas de couvertures et aucune protection contre les conditions météorologiques extrêmes. Nous avions tous faim et nous disposions de très peu de nourriture. À un moment, j’ai cru que je ne survivrais pas au voyage. Je ne conseillerais même pas à mon pire ennemi d’entreprendre ce périple, car c’est très difficile et risqué. [Mais] je repense parfois au voyage qui m’a amenée ici, et si c’était à refaire, je le referais ». – Une femme originaire du Cameroun.

« Quand les choses ne vont pas bien et qu’on a le sentiment d’être enlisé, on est bien obligé de partir pour chercher de meilleures perspectives ailleurs, quel qu’en soit le coût. Ce n’est pas une question de choix, c’est une question de survie. Je préférerais encore mourir en quête d’une vie meilleure que rester prisonnier d’une situation à laquelle je ne peux pas échapper. La vie que j’avais au Cameroun était une impasse dans laquelle je me sentais piégé. Quelle différence y a-t-il entre ça et être en prison ? ». – un homme originaire du Cameroun

« En Europe, avec de la volonté et de l’engagement, on finit par réussir. En Afrique, on peut avoir la passion, l’envie, la volonté et l’engagement, mais il n’existe aucun moyen de s’exprimer. Je me trouve donc extrêmement chanceux de vivre dans une société qui a accepté de donner sa chance à un pauvre jeune homme venu du Cameroun. »

« Si vous avez une famille, vous devez vous assurer qu’elle a de la nourriture, un abri, des médicaments et une éducation. J’ai une petite fille. Les gens peuvent se demander quel genre de père je suis de laisser ma femme et ma fille en bas âge. Mais quel genre de père serais-je si je restais et ne pouvais pas leur offrir une vie décente ? » – Yerima

« En dépit des difficultés, j’ai survécu. Quand j’ai enfin atteint le sol français, en arrivant à Paris via la gare du Nord, j’ai eu un sentiment de bonheur. J’étais heureux, mais surtout plein    d’espoir ». – Un homme originaire de la Côte-d’Ivoire.

« À la maison, il y avait une règle tacite selon laquelle il n’était pas question que j’aille à l’école. Mon père disait que je devais plutôt me préoccuper d’apprendre à tenir une maison et me préparer au mariage. J’ai toujours su que mon père avait tort et je souhaitais vivement aller à l’école et m’instruire ». – Carole originaire du Cameroun

« L’idée de réduire le poids de la migration est d’en examiner les causes. Ce sont… les politiques qui enracinent les personnes dans la pauvreté, qui ne développent rien. Écoles inexistantes, santé défaillante et corruption, répression. Cela pousse les gens à émigrer ». – Serge

« Je n’ai pas beaucoup à me plaindre de ma vie ici. Parfois je me sens acceptée, d’autres fois je me sens comme une étrangère. Le plus difficile pour moi est de réussir à m’intégrer pleinement dans la société italienne. Mais toutes ces difficultés ne sont que passagères. La vie me destine à de plus grandes choses. Et je sais que je réaliserai mes rêves ». – Helen originaire du

« L’Europe n’est pas comme je l’espérais. Elle est en proie à de nombreux problèmes sociaux. Mais il y a aussi des chances à saisir. J’ai récemment terminé une formation professionnelle. Je parle espagnol et je veux faire des études de sciences politiques. Mon objectif est de rentrer chez moi et de m’investir pour faire changer les choses, afin que d’autres jeunes ne risquent pas leur vie ou ne périssent pas en tentant de gagner l’Europe ». – Aliou originaire du Guinée

« J’ai grandi confortablement en . Nous étions loin d’être riches, mais mes parents ont fait en sorte que nous soyons instruis et pris en charge. Je parle sept langues et m’entends bien avec des personnes appartenant à différents groupes ethniques. Je n’avais pas l’intention de partir ». – Mahamadou

« Je voulais monter une affaire. » Tout cela c’était pour gagner de l’argent. Je pense à ma mère et à mon père, à ma grande sœur, et ma petite sœur. Pour les aider. C’était la pression qui pesait sur moi. C’est pourquoi l’Europe ». – Drissa

« Ces dernières années, dans mon village et aux alentours, les bonnes récoltes ont été très rares. Il y a soit trop de pluie, soit pas assez. Les gens n’ont pas assez à manger, ls doivent payer les frais de scolarité, acheter des vêtements… Alors beaucoup de choses dépendent des fonds envoyés par les migrants ».

« Mon père est mort et comme je suis l’aîné, ils se sont tous tournés vers moi pour que je les aide. Il a donc fallu que je quitte le et trouve le moyen de soutenir ma famille ».

« En fin de compte, nous aspirons tous aux mêmes choses : une bonne santé, un travail décent, la liberté et la possibilité de saisir les occasions qui se présentent à nous et à notre famille. Et comme beaucoup de gens n’ont pas le sentiment d’avoir accès à ça en Afrique, ils viennent en Europe » -Aziz du Sénégal

« J’ai toujours su que j’avais quelque chose de spécial et je ne voulais pas gâcher mon potentiel en restant en Afrique. Rester en Afrique, ça voulait dire soit me marier très jeune, soit tomber enceinte très jeune. Dans les deux cas, ça aurait brisé mes rêves ».  -une femme du Nigéria.

« C’est un investissement collectif. On vend de l’or ou des animaux pour permettre à une personne de migrer. Seul un petit pourcentage peut partir. La personne qui migre a la grande responsabilité de subvenir aux besoins de ceux qui restent au pays ». -un homme du Sénégal.

« Cela fait maintenant 12 ans que je suis aux Pays Bas, sans papiers. Je n’ai pas le droit de travailler, de suivre des études ou d’accéder à un logement décent. En arrivant ici, je voulais devenir footballer ou enseignant. Aujourd’hui, j’y ai renoncé. C’est comme si je n’existais même pas. Tout est impossible quand on n’a pas de papiers. On est pris au piège et on tombe dans l’oubli ». -Éric, originaire du RDC

« Il est très stressant de vivre en tant qu’immigré clandestin. On peut se faire renvoyer dans notre pays à tout moment. Cela affecte le mental, le sommeil et les compétences sociales. Être immigré clandestin donne le sentiment d’être prisonnier, même sans être enfermé entre quatre murs. Une fois que ma situation a été régularisée, je me suis senti libéré. J’avais la sensation que tout était possible, sans limites. Rempli d’une énergie nouvelle, je savais que je voulais continuer de me battre pour ceux qui se trouvent dans la même situation que celle où j’avais été ». -un homme originaire de la RDC

« J’ai des rêves pour moi, en Europe comme en Afrique. Mais je ne peux pas réaliser ces rêves pour l’instant, car ma famille a des besoins immédiats et pressants. Je dois me contenter de travailler chaque jour et d’envoyer dans mon pays la majeure partie de ce que je gagne. » -un homme originaire du

Des sociétés qui permettent aux jeunes de canaliser leurs aspirations au service du développement national

Le rapport du PNUD recommande aux gouvernements africains de « réorienter leur action de manière à offrir aux jeunes des incitations plus attractives, capables de leur permettre de réaliser leurs ambitions ». Sans cette réorientation stratégique, « l’Afrique continuera de perdre un nombre substantiel de ses citoyens porteurs des plus hautes aspirations ».

La migration irrégulière des jeunes africains vers l’Europe ne serait pas un phénomène temporaire

Ce serait une erreur de considérer la migration irrégulière des jeunes africains vers l’Europe comme un phénomène temporaire auquel les seules interventions axées sur la dissuasion et la prévention pourraient apporter des réponses. Il s’agit plutôt d’un défi structurel lié à l’évolution économique et démographique  tant en Afrique qu’en Europe. Un débat s’impose sur cette évolution structurelle de la migration entre les deux continents.

D’une part, le continent africain, malgré les progrès des dernières années, peine à concrétiser un dividende démographique. Toutefois, il bénéficie d’une hausse soutenue des transferts de fonds des migrants dont le volume dépasse dorénavant l’aide internationale au développement.

D’autre part, le marché du travail européen, pénalisé par un important vieillissement de la population, a besoin d’une main d’œuvre immigrante et bon marché.

En l’absence de coordination pour encadrer les mouvements de population d’une manière régulière, la migration irrégulière ira en s’amplifiant avec ses tragédies en pertes de vies humaines et des conséquences déstabilisatrices en matière de politiques et de programmes internes sur les deux continents.