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AFRIQUE SUBSAHARIENNE : CRAINTES D’UN ENDETTEMENT PUBLIC EXCESSIF

Depuis plusieurs mois, des institutions internationales, notamment le Fonds monétaire internationale, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement ainsi que des agences de notations (S&P et Fitch) mettent en garde contre la résurgence du surendettement public en subsaharienne, deux décennies après le lancement de l’initiative  de la communauté internationale en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) en 1996. L’initiative PPTE visait la réduction du poids de la dette extérieure  de certains pays africains à un niveau soutenable. Selon le Fonds monétaire international, l’initiative PPTE a permis de réduire les ratios de dette sur Produit intérieur brut (PIB) de ces pays de l’ordre de 80 % par rapport à leur niveau de dette sur PIB précédant la mise en place du PPTE.

En effet, selon les données disponibles sur le site du Fonds monétaire internationale, le ratio de la dette sur le PIB de l’ensemble des pays de l’Afrique subsaharienne a baissé progressivement dès le début des années 2000, passant de 67,2 % du PIB à 23,6 % en 2008, année de la crise financière mondiale. Cette baisse s’explique par l’annulation des dettes de certains pays, mais aussi par la forte économique enregistrée par cette région durant cette période d’embellie économique.

Depuis 2009, la tendance s’est inversée et la dette publique en Afrique subsaharienne n’a pas cessé d’augmenter passant de 26,3 % du PIB à 45,9 % en 2017, en raison du creusement des déficits budgétaires, d’un ralentissement de la croissance, de la hausse des charges d’intérêt et d’une dépréciation de certaines monnaies. Profitant d’un contexte mondial caractérisé par des taux d’intérêt faibles, plusieurs pays africains ont adopté des plans de développement des infrastructures qui ont creusé leurs déficits budgétaires et augmenté l’endettement.

La viabilité de la dette s’est détériorée dans plusieurs pays

Les causes du surendettement sont propres à chaque pays, toutefois, le nombre de pays en situation de surendettement ne cesse d’augmenter. Dans ses perspectives économiques régionales du mois de mai, le FMI affirme que six pays de la région se trouvent en situation de surendettement, notamment l’Érythrée (avec une dette de 131,2 % du PIB), le (119,1 %), le (102,2 %), le (78,4 %), le du Sud (66,3 %) et le (52,5 %). Deux autres pays, la (62,2 %) et l’Éthiopie (56, 2 %) ont vu leur risque de surendettement passer de modéré à élevé.

Un service de la dette de plus en plus lourd

Selon une récente étude de l’agence de notation S&P, les dépenses du service de la dette n’ont cessé d’augmenter, passant de 4 % des recettes des publiques en 2011 à 11 % en 2017. Les coûts du service de la dette dans dix pays de la région ont dépassé le niveau d’avant l’initiative du PPTE. Le FMI estime que les paiements au titre du service de la dette passeront de 1,6 milliards pour la période 2011-2017 à 6,4 milliards de dollars pour la période 2018-2023.

Un endettement qui inquiète par sa composition

La composition de la dette des pays africains a beaucoup évolué. Selon la Banque africaine de développement, la récente hausse de l’endettement en Afrique vient du fait que certains pays ont eu recours aux marchés de capitaux internationaux pour compenser la baisse progressive du financement concessionnel. La dette extérieure, libellée en devises, a augmenté de 40 % entre la période 2010-2013 et l’année 2017. En 2017, elle représente 60 % du total de la dette publique en Afrique subsaharienne.

Le recours à la dette en devises expose les pays débiteurs à la volatilité du taux de change et accroît les risques liés au refinancement et aux taux d’intérêts.

Des prêts chinois adossés par des concessions minières et pétrolières

La montée des prêts de la Chine contre les ressources naturelles des pays africains invite à beaucoup de prudence car certains pays pourraient se retrouver en difficulté en cas de baisse des cours des matières premières.

AFRIQUE SUBSAHARIENNE: UNE REPRISE ÉCONOMIQUE FRAGILISÉE PAR LA DETTE

Le Fonds monétaire internationale (FMI), dans ses Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2018 estime que la reprise économique en subsaharienne se raffermit. Elle devrait passer de 2,8 % en 2017 à 3,4 % en 2018, puis s’accélérer légèrement à 3,7 % en 2019.

Ce rebond s’explique principalement par une reprise progressive des principales économies de la région. Au Nigéria, la devrait passer de 0,8 % en 2017 à 2,1 % en 2018 et à 1,9 % en 2019, en raison de la hausse des prix, des recettes et de la production du pétrole, ainsi que des récentes mesures en matière de change qui contribuent à une augmentation de l’offre de devises. En , la croissance devrait passer de 0,7 % en 2017 à 2,2 % en 2018 et à 2,4 % en 2019. De sa part, l’Afrique du Sud devrait afficher une croissance  de 1,5 % en 2018, et de 1,7 % en 2019, à la suite de la baisse de l’incertitude politique et de la hausse de la confiance des entreprises. En 2017, l’économie a progressé de 1,3 %.

Quant au niveau vie en Afrique subsaharienne, mesuré par le PIB réel par habitant, il devrait connaître une hausse modérée, insuffisante pour réduire substantiellement la pauvreté dans la région.

Par ailleurs, le FMI anticipe un léger ralentissement de l’inflation en Afrique subsaharienne en 2018 et en 2019, mais elle devrait rester supérieure à 10 % dans les économies principales en raison principalement des effets la dépréciation monétaire.

Perspectives différentes d’un pays à l’autre

Selon le FMI, certains pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire vont enregistrer une croissance supérieure à 6 % en 2018. Il s’agit de l’Éthiopie (8,5 %), de la Côte d’Ivoire (7,4 %), du (7,2 %), du Sénégal (7,0 %), de la (6.4 %), du (6,3 %), du Bénin (6,0 %) et du (6,0 %).

Par contre, trois pays de la région  vont connaître une contraction économique. Il s’agit de la Guinée Équatoriale (-8,5 %), du du Sud (-3,8 %) et du (-0,9 %), tandis que le et le enregistreront des croissances  atones de 0,1 % et de 0,7 % respectivement.

Des risques multiples

Selon le FMI, plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne sont confrontés à des problématiques multiples qui nuisent à la croissance et à la lutte contre la pauvreté, principalement la détérioration des finances publiques et la hausse de l’endettement, l’aggravation des inégalités et de la pauvreté, le manque de diversification de l’économie, la hausse des vulnérabilités financières et une médiocre qui mine la confiance et affaiblit le soutien de la population aux réformes économiques.

Prendre les devants dès aujourd’hui pour éviter un ajustement plus douloureux

Le FMI invite les pays africains à profiter de la reprise économique et du rebond des cours des produits de base pour poursuivre les réformes économiques visant un assainissement des finances publiques, une diversification économique et une croissance inclusive afin d’éviter les conflits et les troubles civils qui minent l’activité économique.